Biographie
Anne d’Autriche naquit le 16 août 1573 à Graz. Fille aînée de l’archiduc Charles II d’Autriche-Styrie et de son épouse Marie-Anne, elle appartenait à la maison de Habsbourg et grandit avec quatorze frères et sœurs, parmi lesquels se trouvait le futur empereur Ferdinand II. Dans sa famille, elle était surnommée « Andle ». Sa mère éleva ses enfants dans un catholicisme strict et accordait une grande importance à leur formation religieuse et intellectuelle. Anne reçut notamment un enseignement approfondi du latin, qu’elle maîtrisa à un niveau exceptionnel. Elle traduisit plus tard en allemand de larges extraits de la vie d’Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Elle apprit également des activités alors considérées comme des compétences féminines essentielles, telles que la couture et la cuisine.
Dès son enfance, on réfléchit au futur mariage d’Anne. En 1577, le légat pontifical Antonio Possevino négocia avec le roi de Suède Jean III d’éventuelles alliances entre les deux familles. À cette époque, la Suède, gouvernée par Jean III et son épouse polonaise Catherine Jagellon, semblait ouverte à l’influence catholique. Le pape Grégoire XIII soutint donc le projet de marier Anne au fils unique du couple royal suédois, Sigismond. Possevino fit même réaliser un portrait de la jeune fille afin de le présenter à la cour de Suède.
Le projet matrimonial resta toutefois longtemps incertain. Après une grave maladie d’Anne en 1579, on envisagea quelque temps de la marier au prince lorrain Henri. Cette union devait contribuer à limiter l’influence croissante de la France en Lorraine. En 1585, Anne se rendit avec ses parents d’abord à Vienne, puis à la cour impériale de Prague. En 1586, la reine de Pologne Anne Jagellon relança le projet d’un mariage avec Sigismond. Les négociations se poursuivirent même après l’élection de celui-ci comme roi de Pologne en août 1587. Les parents d’Anne continuaient cependant à préférer le projet lorrain, tandis que les conflits politiques en Pologne et l’hostilité du grand chancelier Jan Zamoyski envers les Habsbourg constituaient des obstacles supplémentaires.
Après l’échec du projet avec Henri de Lorraine, les préparatifs d’un mariage entre Sigismond et l’une des filles de Charles II et de Marie-Anne reprirent en 1589. En mars 1591, le cardinal Georges Radziwiłł se rendit à Graz au nom du roi de Pologne pour demander la main de l’une des filles. Sigismond choisit finalement explicitement l’aînée, Anne. Celle-ci y était d’abord peu favorable, car elle nourrissait des inquiétudes religieuses à l’égard de la Suède, toujours marquée par le luthéranisme. Elle dut néanmoins se conformer aux instructions de l’empereur Rodolphe II.
Le 5 mai 1592, Anne fut mariée par procuration à Sigismond à Vienne. Elle partit ensuite pour Cracovie avec sa mère et un cortège somptueux. Sigismond l’y accueillit, et le mariage fut célébré en personne le 31 mai dans la cathédrale de Cracovie, lors d’une cérémonie présidée par le cardinal Radziwiłł. À l’occasion de cette union, Anne renonça à ses droits sur l’héritage autrichien, tandis que Sigismond prit de son côté les engagements correspondants. Les noces se prolongèrent plusieurs jours par de nouvelles festivités.
En raison de la mort prématurée d’Anne, le mariage ne dura guère plus de six ans, mais il fut considéré comme particulièrement harmonieux. Anne fut pour Sigismond, dont le règne était confronté à de nombreuses difficultés, un soutien sûr et constant. Les contemporains la décrivaient comme peu séduisante et légèrement difforme, mais aussi comme une femme intelligente et avisée. Sa profonde religiosité se manifestait dans son mode de vie simple et dans son engagement charitable. À Varsovie, elle remit à son confesseur des fonds destinés à la construction de logements et d’hôpitaux pour les nécessiteux. Elle faisait également régulièrement nourrir douze pauvres.
Après la mort de son père, Jean III, en novembre 1592, Sigismond voulut se rendre en Suède pour y prendre le pouvoir. Il attendit toutefois d’abord la naissance de son premier enfant. À l’été 1593, Anne partit finalement avec lui pour la Suède. Elle trouva le palais royal de Stockholm peu accueillant et, en fervente catholique, rejeta résolument la situation protestante du pays. Comme les églises catholiques y étaient peu nombreuses, elle assistait à la messe matinale dans l’ancienne chapelle de la cour.
Anne était la plus proche confidente de Sigismond et jouait également un rôle politique important. Avec son confesseur, le jésuite Sigismund Ehrenhöffer, elle servait d’intermédiaire pour transmettre des informations entre le roi et le légat pontifical Germanico Malaspina. Elle se méfiait du duc protestant Charles, l’oncle de Sigismond, qui menait une agitation contre le roi. Sigismond ne voulait pas être couronné par un évêque protestant, mais dut céder face à la forte opposition. Le couronnement, finalement célébré le 19 février 1594 dans la cathédrale d’Uppsala après plus de quatre heures de cérémonie, parut à Anne dépourvu de véritable contenu religieux.
Pendant son séjour en Suède, Anne fut enceinte à plusieurs reprises et souffrit de problèmes de santé. En avril 1594, elle donna naissance à sa fille Catherine. L’enfant, fragile, reçut le baptême d’urgence et mourut moins d’un mois plus tard. Anne s’occupa elle-même de son embaumement et fit transporter le corps en Pologne dans un cercueil d’étain, afin que la petite fille soit enterrée à Cracovie. En août 1594, Anne put quitter la Suède avec son époux et regagner la Pologne. En juin 1595, elle donna naissance à Cracovie à l’héritier du trône, Władysław. Une autre fille, également prénommée Catherine, mourut en juin 1597 avant d’avoir atteint l’âge d’un an.
Durant l’hiver 1597-1598, alors qu’elle était enceinte pour la cinquième fois, Anne contracta une maladie ressemblant à la grippe. Elle mourut le 10 février 1598 à Varsovie, à l’âge de seulement 24 ans. Le fils extrait de son corps fut baptisé le jour même sous le nom de Christophe, mais mourut lui aussi. Anne fut inhumée dans la cathédrale du Wawel, à Cracovie. Une indication erronée de son âge sur son cercueil conduisit plus tard à penser qu’elle était née dès 1567.
Sigismond porta un deuil profond et ne se remaria qu’en 1605. Sur le conseil de sa belle-mère Marie-Anne, il épousa Constance, sœur d’Anne. Des cinq enfants nés du mariage d’Anne et de Sigismond, seul Władysław atteignit l’âge adulte. Il devint par la suite roi de Pologne et tsar de Russie, demeurant ainsi le principal héritier dynastique de sa mère.
Source: Anna von Österreich (1573–1598) (de, 260496908). Les faits ont été sélectionnés, résumés et reformulés de manière originale. Contenu source de Wikipédia : CC BY-SA 4.0