Biographie
L’archiduchesse Marie-Élisabeth d’Autriche naquit le 13 août 1743 à Vienne, sixième enfant et cinquième fille de François-Étienne de Lorraine, futur empereur, et de Marie-Thérèse, reine de Hongrie et de Bohême. Sa naissance se déroula sans difficulté, mais le nourrisson était petit et fragile. Sur les conseils des médecins, on l’installa dans le futur palais Rainer, où elle se rétablit rapidement. Sa première éducatrice fut la comtesse Belrupt.
Marie-Élisabeth grandit en une jeune fille vive et joyeuse. Les observateurs de son époque la considéraient comme la plus belle fille de Marie-Thérèse. L’impératrice voyait cependant en elle surtout une jeune femme coquette, vaine et avide de plaire, qu’elle surnommait une « coquette de la beauté ». Marie-Élisabeth reçut la même éducation que ses frères et sœurs, mais ne manifesta qu’un intérêt limité pour les études. Elle se distinguait par son ton impertinent, son goût pour les bons mots et les remarques ironiques, ainsi que par son inattention envers ses éducateurs et ses professeurs. Les difficultés rencontrées dans son éducation entraînèrent plusieurs changements parmi les dames de la cour et les pédagogues chargés de sa formation.
Marie-Thérèse espérait unir sa fille à une maison souveraine européenne par un mariage politiquement important. Le premier prétendant fut le roi de Pologne Stanislas II Auguste. L’impératrice Catherine II de Russie s’opposa à ce projet, car elle craignait un renforcement de la position des Habsbourg en Europe orientale. Marie-Thérèse jugeait elle aussi le roi de Pologne politiquement peu fiable. Un autre projet de mariage, avec Benoît, duc de Chablais et fils du roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III, échoua à la suite de l’opposition de Joseph II, déjà corégent de sa mère.
La variole, dont Marie-Élisabeth souffrit en 1767, constitua un tournant majeur de sa vie. Peu auparavant, sa sœur Marie-Josèphe était morte de cette épidémie. Marie-Élisabeth tomba gravement malade, avec une forte fièvre, des maux de tête, des nausées et les manifestations cutanées caractéristiques de la variole, au point de recevoir l’extrême-onction. Elle survécut, mais la maladie lui laissa d’importantes cicatrices au visage. La perte de sa beauté d’autrefois la bouleversa profondément. Elle souffrit de dépression et se retira par moments de la vie publique.
Elle continua néanmoins à être considérée comme une épouse possible. Marie-Thérèse et Joseph II envisagèrent de la marier au roi d’Espagne Charles III, âgé de 52 ans. Après l’échec de ce projet, ils cherchèrent à l’unir au roi veuf de France, Louis XV. Marie-Élisabeth se réjouissait à la perspective de devenir reine de France. L’ambassadeur français se fit remettre des portraits d’elle afin de les présenter au roi. Mais lorsque Louis XV put ainsi se faire une idée de son apparence, il perdit tout intérêt pour ce mariage. Pour Marie-Élisabeth, ce rejet fut une nouvelle humiliation douloureuse.
Son humeur resta instable au cours des années suivantes. Elle se repliait parfois sur elle-même avec une grande susceptibilité, puis participait de nouveau à des représentations théâtrales, à des événements musicaux et aux divertissements de la cour. Son comportement extravagant et ses remarques ironiques l’aidaient semble-t-il à dissimuler sa souffrance morale. Sa mère évoqua à plusieurs reprises ses problèmes physiques, notamment une suppuration de la mâchoire, de violentes douleurs dentaires et des périodes de profond abattement. Comme sa sœur Marie-Anne, Marie-Élisabeth resta célibataire. Toutes deux vécurent longtemps à la cour de leur mère, mais s’entendaient mal et se disputaient fréquemment. D’après les notes de leur frère Léopold, Marie-Élisabeth s’occupa pendant quelque temps d’un enfant trouvé. Elle aimait en outre écouter et colporter des ragots, et sa langue acérée la rendait peu appréciée de tous.
Jusqu’à la mort de Marie-Thérèse, Marie-Élisabeth ne reçut aucune fonction garantissant sa subsistance financière. Elle se sentait défavorisée par rapport à ses frères et sœurs. Lorsque sa mère assura en 1780 la succession de son plus jeune fils Maximilien-François comme électeur de Cologne, Marie-Élisabeth aurait pleuré de désespoir. Elle craignait qu’après la mort de sa mère, elle ne dépende entièrement de son frère Joseph II, avec lequel elle entretenait de mauvaises relations.
Après la mort de Marie-Thérèse, le 29 novembre 1780, Marie-Élisabeth dut quitter Vienne. Joseph II souhaitait réduire l’influence des femmes à la cour et lui confia la direction du chapitre noble d’Innsbruck. Celui-ci avait été fondé en 1765 après la mort de François-Étienne. Au printemps 1781, Marie-Élisabeth prit officiellement ses fonctions d’abbesse. Elle s’entendait généralement bien avec les dames du chapitre, mais savait se montrer sévère lorsque cela était nécessaire. Au Tyrol, sa franchise lui valut la popularité et elle passait pour une personnalité originale. Lors de la visite du pape Pie VI à Innsbruck, elle l’accueillit solennellement devant la Hofburg et le conduisit jusqu’à son logement.
En raison de ses cicatrices de variole, de sa forte corpulence et d’un triple goitre, elle reçut à Innsbruck le sobriquet moqueur de « Liesl au goitre ». Lors des visites familiales, elle se comportait sans formalité, lançait parfois des remarques blessantes et donnait à ses proches des surnoms peu flatteurs. Son caractère franc et mordant la rendait redoutée, tout en alimentant de nombreuses anecdotes.
Les guerres de coalition qui suivirent la Révolution française contraignirent Marie-Élisabeth à fuir à plusieurs reprises. En 1796, elle se réfugia à Sankt Johann pour échapper aux troupes françaises, puis gagna la Bavière l’année suivante. Après son retour, la situation financière du chapitre noble d’Innsbruck se dégrada fortement sous l’effet de la guerre et de l’inflation. Malgré les mesures d’économie, les dettes augmentèrent tandis que le patrimoine diminuait.
Après la victoire de Napoléon à Austerlitz en 1805, l’Autriche dut céder le Tyrol à la Bavière. Marie-Élisabeth emporta des documents importants et des objets de valeur du chapitre, puis s’enfuit à Vienne. Le 20 mars 1806, elle renonça officiellement à sa charge d’abbesse. Comme aucun logement convenable ne semblait pouvoir être trouvé à Vienne pour elle et sa suite d’environ cinquante personnes, elle s’installa à Linz, dans la demeure du comte Heinrich von Khevenhüller. Elle y fréquentait souvent le théâtre voisin et se consacrait à des activités caritatives. Marie-Élisabeth mourut à Linz le 22 septembre 1808, à l’âge de 65 ans. Elle fut inhumée dans la crypte de l’église des Jésuites, l’actuelle vieille cathédrale.
Source: Maria Elisabeth von Österreich (1743–1808) (de, 265247465). Les faits ont été sélectionnés, résumés et reformulés de manière originale. Contenu source de Wikipédia : CC BY-SA 4.0